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Fiasco SAAQclic : Quand on écarte la Saine Gestion de ses valeurs

Dernière mise à jour : 23 mars

Analyse du fiasco SAAQclic et du rapport Gallant sous l'angle des principes de Saine Gestion.
Analyse du fiasco SAAQclic et du rapport Gallant sous l'angle des principes de Saine Gestion.


Un diagnostic sans appel d'une déroute administrative majeure


Le fiasco SAAQclic constitue l'un des échecs de gestion publique les plus spectaculaires de l'histoire récente du Québec. Avec un dépassement de coûts de 329 % (passant de 638 millions à 1,1 milliard de dollars), des services paralysés et une dissimulation systématique d'informations, ce projet illustre de façon dramatique ce qui se produit lorsqu'une organisation abandonne les principes fondamentaux de Saine Gestion.


Cette analyse, appuyée sur le cadre de l'Ordre des administrateurs agréés du Québec, démontre que cette dérive résultait de décisions conscientes de transgresser les valeurs qui auraient dû guider chaque étape du processus.


La Transparence : Une réalité altérée


La Commission Gallant a été sans équivoque : la SAAQ a menti pendant des années. Les informations fallacieuses véhiculées visaient délibérément à cacher aux parlementaires le coût réel du programme CASA.


En Saine Gestion, cette dissimulation constitue une dérogation majeure au principe de Transparence. Dès 2020, les indicateurs « rouges » et « oranges » ont mystérieusement viré au « vert » dans les tableaux de bord. Cette transformation artificielle, obtenue en modifiant les cibles de performance, est l'antithèse même de la transparence, qui exige de laisser paraître la réalité tout entière, sans l'altérer.


La Continuité : Le piège de la centralisation du pouvoir


Le principe de Continuité exige qu'une organisation survive à ceux qui la gèrent. Or, le rapport Gallant révèle une concentration excessive des pouvoirs entre les mains d'un seul individu, dont le nom revient plus de 500 fois.


Face à cette « personnalité forte », les mécanismes de contrôle interne ont été écartés ou discrédités. Cette dérive contrevient au principe d'Équilibre, qui stipule que l'administrateur doit mettre en place des contre-pouvoirs. Lorsqu'une institution devient dépendante d'une seule personne sans prévoir de relève adéquate, elle menace sa propre pérennité.


L'Efficience : L'ambition au détriment de la rigueur


Selon les experts, le programme CASA était « trop gros, trop ambitieux, à développer trop rapidement ». Lancé sans véritable plan d'urgence ni reddition de comptes claire, il a sacrifié le principe d'Efficience.


L'efficience impose l'utilisation optimale des ressources en alliant efficacité et économie. À la SAAQ, on a plutôt observé une absence de tests complets, aucun plan de contingence et des décisions technologiques prises sans la rigueur nécessaire. L'ambition démesurée et l'urgence politique ont pris le pas sur la saine planification.


L'Équilibre : Un cumul de risques injustifié


Le principe d'Équilibre exige d'éviter l'inadéquation entre les moyens et les objectifs. SAAQclic incarne l'opposé de cette exigence : l'innovation a été tentée simultanément dans tous les processus, cumulant des concepts inédits dans un seul mégaprojet.


Un projet viable, conforme aux principes de Saine Gestion, aurait nécessité une approche graduelle et testée. L'accumulation de nouveautés non validées a élevé le niveau de risque à un point de rupture, confirmant un manque flagrant d'adéquation entre les compétences disponibles et l'ampleur des visées.


L'Abnégation : L'opacité des décisions


Le principe d'Abnégation impose à l'administrateur de subordonner ses intérêts personnels à la sauvegarde du patrimoine de l'organisation. L'octroi de contrats de 638 millions de dollars sans appel d'offres public soulève d'importantes questions.


En l'absence de garde-fous habituels, comment justifier que des décisions aussi lourdes aient été prises dans une telle opacité ? Le respect de ce principe aurait dû garantir que les intérêts de l'organisation — et donc des citoyens — passent avant toute autre considération.


L'urgence d'une gouvernance renouvelée


Ce fiasco démontre que l'urgence politique ne peut jamais justifier l'abandon de la Saine Gestion. Un diagnostic effectué dès 2017 aurait permis de détecter ces lacunes avant qu'elles ne deviennent critiques.


Il est impératif que les organisations publiques intègrent systématiquement des audits de Saine Gestion dans leur gouvernance. Le cadre des 41 dimensions de la Saine Gestion offre une cartographie précise pour identifier les zones à risque. Comme le rappelle le principe de continuité : l'organisation doit survivre à ceux qui la gèrent. C'est une obligation morale envers les citoyens qui nous confient leurs ressources.

 
 
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