Bras de fer entre le maire de Québec et la bureaucratie, avant que la ville ne devienne une tour de Babel !

Écrit par Bernard Brault le 12/11/2010

Cela prend tout de même du courage pour dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. On fait semblant, mais on le savait. Je vous l’ai déjà dit. Ça s’appelle le phénomène bureaucratique. Monsieur Labeaume, valeureux chevalier de l’impossible est issu du domaine privé. Il ne le savait peut-être pas ? Cela fait longtemps que tous les étudiants en gestion, en sciences politiques et en droit étudient ce phénomène avec des auteurs aussi connus que Crozier (1) et Etzioni (2), qui ont largement tapissé notre imaginaire et nos bibliothèques.

De toutes les organisations créées par l’homme, tout système politique confondu, celle qui a la plus grande capacité de survie, ce qui est maintenant convenu d’appeler la résilience, est sans contredit la bureaucratie…  plus les organisations son grosses, municipale ou gouvernementale, plus le phénomène s’incruste. Imaginez à la Santé ! (Là par contre je dois dire que l’on devrait parler de plusieurs couches d’encroûtés)

Cette bibitte bureaucratique a son propre langage de gestion, ses propres règles éthiques et est capable de se régénérer, d’augmenter ses effectifs décisionnels et surtout de faire face à n’importe quel pouvoir démocratique externe qui pourrait remettre en question sa continuité. Ajoutons un peu d’aide syndicale et politique et la machine devient complètement débridée. (Monsieur Labeaume, attachez votre tuque ! )

Individuellement, je crois que les fonctionnaires sont des professionnels honnêtes qui, en général, ont à cœur de servir la population et d’accomplir leurs tâches.

Le problème est lorsqu’ils œuvrent collectivement dans un système dans lequel ils ne voient ni les intrants ni la finalité de leurs tâches, ils se perdent dans une machine infernale qu’ils ne contrôlent plus eux-mêmes, où plus personne ne veut prendre de décisions et encore moins la responsabilité des dérapages et des erreurs qui entraînent parfois des conséquences fatales pour la mission et le développement de la ville. Mot d’ordre : survivre jusqu’à sa pension dans l’infernale machine.

La référence biblique à la construction de la tour de Babel révèle les efforts insensés des hommes voulant atteindre le ciel (royaume de Dieu), et qui fut anéantie par suite de l’incapacité de communiquer entre eux, causée par la confusion des langues.

Comment peut-on imaginer, par exemple, qu’une décision puisse être prise par six personnes de six niveaux d’autorité et de six champs de compétence différents, et qu’aucune action ne puisse être entreprise sans l’évaluation, l’analyse de l’impact, le consentement, l’approbation, le contrôle de tout ce personnel en moins de 24 ou 48 heures alors que tous les décideurs sont au même grade administratif et qu’aucun n’a d’autorité finale sur les autres. Ajoutons un peu d’humainerie des gestionnaires, une langue administrative que personne ne comprend et une intervention politique et cela ressemblera franchement et bientôt à la tour de Babel. La bureaucratie survivra mais la tour tombera ! (Attention au pont de Québec !)

Je n’ai pas envie de vous parler encore du CHUM, de l’échangeur TURCOT, et du MÉTRO de Montréal, au cas où quelqu’un trouverait moyen d’y foutre le bordel !

La Saine Gestion ne consiste pas uniquement en une application du principe de Transparence comme plusieurs semblent vouloir s’y limiter. En matière de Saine Gestion, il y a six principes qui doivent se côtoyer régulièrement à travers les actes administratifs posés, sans qu’aucun principe ne soit invoqué au détriment des autres.

Implanter un CDSG dans une bureaucratie telle la ville de Québec (Montréal est une cause désespérée) est une tâche colossale mais loin d’être impossible.

Selon l’expérience acquise au cours des 20 dernières années, l’ISG recommanderait une approche non coercitive. Pour avoir formé des gens de la fonction publique et de la vérification générale à la fin des années 1990, nous savons pertinemment que l’approche Saine Gestion touche profondément les habitudes, les mentalités, les valeurs touchant les processus de gestion et son vocabulaire. Elle frappe de plein fouet l’inertie bureaucratique, mais ne frappe pas tout le fonctionnement opérationnel. Il serait faux et injuste de laisser croire que tout l’appareil de la ville de Québec est dysfonctionnel.

Pour la suite, les moyens et les étapes que l’ISG propose, je vous donne le lien avec mon article du 27/03/2010. La fin de l’article propose les étapes d’implantation.  http://www.sainegestion.org/archives/723

__________________________________________________________________

(1) CROZIER Michel, Le phénomène bureaucratique. Éditions du Seuil, Paris 1963, p.11
(2) Etzioni Amitai, Les organisation modernes. Éditions J.Duculot, Gembloux 1971.
(3) CROZIER Michel, opcit p.11

Bernard Brault, F.Adm.A., F.CMC, est consultant expert en Gouvernance, en éthique managériale® et en Saine Gestion. Auteur des livres Exercer la saine gestion, Fondements, pratique et audit, et Le cadre de Saine Gestion, un modèle de gouvernance intégré, publiés aux éditions CCH.


11 commentaires

par Olivier Crouslé le 11/12/2010

Lourdeur bureaucratique en santé :
pas plus tard qu’hier, cette reflexion exaspérée d’un médecin hospitalier à une vieille dame. Elle est bloquée sur un lit d’hopital depuis 3 mois avec un drain abdominal mais pourrait et souhaiterait rentrer dans sa famille sous certaines conditions depuis longtemps.
« Désolé, Madame. Nous sommes obligés de vous garder au coût de 900$ par jour sur ce lit parce que les 18 pompes portables à 200$ chacune disponibles pour l’ensemble du CSSS sont déjà attribuées et qu’il est impossible d’obtenir l’autorisation d’en acheter une autre !  »
Vive l’efficacité du contrôle des dépenses en capital …

par Louise le 11/12/2010

Comme je l’ai indiqué dans un autre message, le CPE pour lequel je travail a décidé d’implanté la saine gestion. Nous avions peur au début, mais maintenant que c’est fait, nous sommes plus heureuses. La bureaucratie a diminué beaucoup et la communication s’est vraiment améliorée, donc plus de toure de Babelle!

Louise

par Gabrielle S. le 11/12/2010

Quel bordel à la mairie ! Est-ce propre à Québec ? Je ne crois pas. Par contre votre solution « Made in Québec » est assez unique ! On suivra de prêt !

Gab

par Emily Smith le 11/15/2010

Let’s say municipalities do opt for your « Cadre de Saine Gestion », who would be responsible to enforce it? Would we need to set up some sort of « Cadre de Saine Gestion » police to make sure all principles are duly respected? I am not sure an honor-based framework would be worth the trouble… One administration could sign for it, and at the next election, the newly elected mayor could decide to reject one or more of the principles and, no pun intended, get away with murder.

Emily

par Bernard Brault le 11/17/2010

Emily,

Because your questions are important, I will answer and comment them through the Q&A style.

Q: Let’s say municipalities do opt for your « Cadre de Saine Gestion », who would be responsible to enforce it?

A: The ISM Sound Management framework is basically a governance framework.
For the municipalities’ purposes, there are two different levels of management involved: the political level and the public service employee level. So, to answer the first part of your question, and for the public service interest matter, I would say, as any others kinds of management framework, the internal control department is responsible to enforce it.

Q: Would we need to set up some sort of « Cadre de Saine Gestion » police to make sure all principles are duly respected?

A: For the political level, I would say the public, the mass media and the taxpayers could act as good watchdogs. Those actors should ask for a Sound Management municipal policy, but unfortunately, the concept is still not well known to the general public. This is the reason why the ISM is promoting the Sound Management concept and needs help from ISM’s members and visitors like you to promote and inform the public.

Q: I am not sure an honor-based framework would be worth the trouble…

A: SMF (Sound management framework) is not only an honor-based system. It is a functional management reminder as well as an integrity self-protection system. We must admit that a majority of managers—public or private—are NOT involved in conflict of interest, mismanagement, corruption or embezzlement!

Q: One administration could sign for it, and at the next election, the newly elected mayor could decide to reject one or more of the principles and, no pun intended, get away with murder.

A: You are right; it is possible, if the community and citizen accept. But doing so could be interpreted as an intention to remove the protective shield of Sound Management in order to allow and support corruption and other mismanagements! The Institute of Sound Management is a non-profit organisation dedicated to the promotion of the Sound Management concept and the Sound Management Framework™. These are based on the OAAQ’s (Ordre des administrateurs agréés de Québec) Principles of Sound Management. The GASMP (Generally Accepted Sound Management Principles) are for managers what the GAAP (Generally Accepted Accounting Principles) are for accountants. These principles (GAAP) aren’t part of the law but the law regularly makes reference to them in order to express the good accounting practice. Similarly, the GASMP could very well play this role in order to define the meaning of sound management practice. Actually in Quebec the CPEs (French abbreviation of “daycares organisation”) are among the rare subsidised organisations to have a duty of sound management imposed by the Quebec legislator. We are convinced that the implementation of a Sound Management framework could help to avoid scandals such as municipals corruptions.

par C Tremblay le 11/17/2010

Je me demande le lien que vous pouvez faire avec le problème de crédibilités des élus municipaux ?

par Bernard Brault le 11/17/2010

Nous croyons que le CDSG (Cadre de Saine Gestion) qui s’appuie sur les PSGGR (Principes de Saine Gestion généralement reconnus) de l’OAAQ est une solution réelle, simple et pratique. Pour nous la meilleure, mais non la plus facile politiquement.

Le code criminel n’a pas tout prévu, et soudoyer ou financer un futur élu n’est pas couvert criminellement. On peut bien critiquer mais si dénoncer les tentatives de corruption n’est pas couvert criminellement, ça sert à rien d’aller voir la police ! Par ailleurs, le futur code d’éthique des municipalités réglera à peine quelques problèmes. il permettra de ‘chialer’ encore plus, mais sans pouvoir régler le fond du problème.

Je me permets de citer ici Gilles Paquet, professeur émérite à l’université d’Ottawa qui explique que « le droit est comme la taupe, aveugle et obstiné, aveugle parce qu’obstiné à réduire le juste au juridique » Demander au gouvernement de réguler tout, incluant la gouvernance par le seul droit est devenu impossible. Selon Gilles Paquet, « l’État a perdu le monopole du droit ». Il utilise le terme « orthopédique » pour exprimer le rôle de prévention des difformités inacceptables que joue le législateur. C’est en ce sens que je dis que la solution de la taupe juridique est minimaliste et que ça ne réglera pas le problème !

Des organismes indépendants tels que l’OAAQ et l’Institut de Saine Gestion doivent jouer leur rôle de régulateur auxiliaire pour définir et préciser ce qu’est une Saine Gestion.

Bernard Brault
Institut de Saine Gestion

Gilles Paquet « Gouvernance. Mode d’emploi. » Liber, 2009 p. 334
Gilles Paquet « Le droit à l’épreuve de la gouvernance » dans Gouvernance : une invitation à la subversion, Montréal, Liber, 2005, chap. 3.

par C Tremblay le 11/17/2010

Pourquoi les medias et l’OAAQ ne font pas de pression ?

par Bernard Brault le 11/17/2010

Errare humanum est, perseverare diabolicum je crois que je n’ai pas besoin de traduire !
B.

par S. Cloutier le 11/19/2010

« de mi caida, mi candor »

L’ancienne devise de Laval-des-Rapides s’appliquerait bien au maire Vaillancourt…. Pas besoin de traduire non plus!

par Olivier Crouslé le 11/22/2010

En traduisant c’est mieux : « Dans ma chute, la blancheur ».
Toutefois, concernant ce qui est publié à date sur le maire de Laval, il n’y a toujours que des insinuations et interrogations morbides sur sa longévité. Même ces allégations d’enveloppes resteraient au pire plus de l’ordre de la maladresse que de la corruption. Certes, cela dépasserait le montant et la forme légale (3000$, pas de cash), mais ce serait pour du financement de campagne politique, pas de la jouissance personnelle des candidats. Or le montant en cause serait encore compatible avec son propre argent de poche (« on » parle de 10 000$ … que les intéressés auraient refusé de compter). De plus, juste de s’afficher de façon retraçable pour un seul candidat, qui ne sera pas forcément élu, ferait reculer plus d’un signataire de chèque potentiel dans sa position. En effet, on parle là de candidats dans sa propre Ville : il aura à coup sûr à travailler au quotidien avec le seul vainqueur dans leur cadre respectif de délégation de pouvoirs publics. Être sûr du résultat d’avance ferait inévitablement conclure à des élections truquées. Trop de transparence tue le jeu démocratique : encore un peu et on va réclamer le retour des élections à mains levées au nom de la transparence mal comprise.
C’est donc plus de déséquilibre médiatique qu’il faudrait parler : sur la base des faits publiés seulement, il serait probablement réélu demain haut la main. Il a su renouveler ses conseillers municipaux et avoir une administration locale à l’écoute de ses administrés. Quand les lavallois comparent leur Ville aux tragi-comédies des fusions-défusions de Montreal et sur la Rive-Sud, et autres Rapailleries de Québec, ils lui en sont reconnaissants.

Ceci dit, il se peut surtout que l’allergie apparente des médias à Gilles Vaillancourt soit le reflet de leur frustration à ne pouvoir publier ce qu’ils savent ou croient savoir par ailleurs. Sinon, il n’est que le bouc émissaire de la mise au pilori d’un modèle d’administration qui semble passé de date en termes de transparence vis-à-vis des gros contrats de la construction et du financement politique. C’est ce qui arrive inévitablement lorsqu’on dure (trop?) longtemps dans le monde politique.
La transparence n’est cependant pas de spinner sur des allégations mal fondées, mais de sortir des faits pertinents et probants pour appuyer la vindicte médiatique en cours … ou de se taire.
Un lavallois.

Commentez cet article


Veuillez remplir tous les champs Envoyer

Avertissez-moi lorsqu’un commentaire est publié à propos de cet article.


Ou alors, abonnez-vous au suivi des commentaires pour cet article sans le commenter.