Les universités sont-elles vraiment mal gérées ?

Écrit par Bernard Brault le 18/05/2012

Tout dépend de ce que  l’on entend par « organisation mal gérée » ?

Au moment d’écrire ces lignes, une loi spéciale est débattue pour régler le problème des étudiants. La question de la gestion des universités est évitée. Mais le mal est fait. Les universités sont devenues des organisations mal gérées. Cependant « mal gérée » est un concept non définie. Cela peut être n’importe quoi et surtout facile à dire ! Si l’on veut parler de Saine Gestion, c’est cependant autre chose. 

Le débat sur les droits de scolarité autant que celui sur la gestion des universités auront finalement tourné au vinaigre. C’était vraisemblablement prévisible. Dialogue de sourds pour le moins. La « sagesse » gouvernementale nous mène vers une solution reportée.  Mais les questions fondamentales demeureront : Le Québec tout entier est-il mal géré ? Les universités sont-elles vraiment mal gérées ? Selon toute évidence, la confiance de la population n’y est plus. Comment avons-nous pu en arriver là ?

 Reconstruire la confiance !

En novembre 2011, dans un de mes billets, je posais la question : le Québec aurait-il besoin d’une grande thérapie collective ? Des signes avant-coureurs de la présente crise des étudiants s’amoncelaient. Collectivement, nous perdions confiance en nos dirigeants et gouvernants. Les actes de malversation chronique, de collusion et de corruption dans le monde de la construction et les liens avec la gestion municipale et le financement des partis politiques ont terni la réputation de probité des leaders.

Qui a mêlé les pinceaux ?

L’attitude condescendante de certains leaders, une forme d’égo démesuré pour une fonction de gestion exigeant de l’Abnégation et le droit présumé d’accès aux avantages d’un rang que confèrent certaines fonctions administratives ont été associés peut-être à tort aux profiteurs mafieux, aux rois de l’embrouille et aux artistes de la transaction glauque. À force de faire des trous dans une planche, elle finit par céder.  

Odeur nauséabonde

La nausée est collective, sournoise et profonde. Ce n’est pas une indignation contre le capitalisme ou Power Corporation, c’est l’odeur nauséabonde que laissent les décisions de certains leaders et gestionnaires. L’odeur de putréfaction qui suit une classe de leaders qui n’ont même pas la décence d’être discrets lorsqu’ils se vautrent dans la richesse collective.

Comment voulez-vous qu’une partie de la population, pour la plupart des jeunes, s’y retrouve. Comment ne pas s’indigner devant cette apparence d’injustice et ne pas trouver dans les propos de gourous étudiants de gauche, un exutoire de leur propre turpitude. L’augmentation des frais de scolarité est devenue un symbole qui a pris une dimension exacerbée. Danger absolu !

Vous trouvez mon explication compliquée ? D’accord, en clair, beaucoup de jeunes, trop malheureusement, n’ont plus confiance !

Apparence de mauvaise gestion ?

Les universités sont-elles vraiment mal gérées ? Individuellement ou collectivement ? Sur quelle base les étudiants peuvent-ils affirmer une telle hypothèse ? Déjà le gouvernement concède qu’il pourrait y avoir quelques améliorations à la gestion des organisations chargées de l’éducation supérieure au Québec. Est-ce un bon pas dans la bonne direction ? Toute administration est perfectible bien sûr. 

Une approche d’économie de bout de chandelle ! 

Il n’y a pas que la justice qui soit aveugle. Il y a aussi la comptabilité. Vérifier des chiffres pour en qualifier l’exactitude ne rend pas le débat plus clair. Tous les recteurs et administrateurs vous diront qu’ils ont déjà tout coupé à l’os. On trouvera bien quelques consultants prêts à comparer une université donnée pour une politique de remboursement des frais de déplacement au taux de 42 cents par kilomètre versus une pratique de 36 cents dans une autre en Ontario, par exemple.

Comptabilité 101 ou Saine Gestion 101 ?

S’il y a mauvaise gestion dans les universités, est-ce un problème de nature comptable, c’est-à-dire de gaspillage par manque de contrôle interne ou de vérification externe ? S’agit-il, par exemple, de malversation chronique, de détournement de politique établie ou d’irrégularités administratives et d’abus de pouvoir en faveur des dirigeants ? 

Franchement, j’en doute. Cela ne serait probablement pas à un niveau endémique. Si l’on faisait une analyse séparément pour chaque université, on trouverait bien moyen de mettre quelques gestionnaires dans l’embarras mais serait-ce bien utile ? Les universités ont tous des départements comptables internes et des vérificateurs comptables externes. La plupart de ces organisations ont aussi des comités de vérification interne ou des comités issus des conseils d’administration ayant pour mission de s’assurer de l’intégrité des processus financiers. On ne peut pas tous les taxer d’incompétents.

Question philosophique du management

Alors aucune information sérieuse nous permet de croire à l’effondrement prochain du système, outre le fait qu’il y a peut-être un sous-financement des services offerts. Par contre, y a t-il trop de service offert ? Est-ce que tous les diplômes doivent avoir une vocation économique ?

Question d’attitude, de pratiques établies, de confort et de conflits d’intérêts personnels, il faut alors poser de véritables questions de fonds. Par exemple, n’y aurait-il pas lieu de demander pourquoi des frais de déplacement doivent être absolument payés ? Pourquoi un congrès doit absolument se tenir au Mexique ou à New-York ?  Pourquoi l’État doit défrayer le coût des années sabbatiques pour le ressourcement professionnel à l’extérieur du Québec ? Bien sûr, qu’il faut sortir de sa coquille et fréquenter des penseurs internationaux, mais il faut avoir aussi les moyens de ses prétentions.

Par ailleurs, il faudrait aussi demander pourquoi le financement des universités est basé principalement sur le nombre d’étudiants inscrits. Pourquoi les universités multiplient les campus là où il y a déjà d’autres universités. Les coûts de déplacement sont énormes, peut-on faire autrement ?

Saine Gestion, appropriée ?

Avec ces questions, on commence peut-être à parler vraiment de la recherche d’une gestion Saine, c’est-à-dire d’une gestion qui respecte les 6 principes fondamentaux et dont les acteurs reconnaissent leur position de mandataires et de fiduciaires. Des leaders qui sont conscients que toute ressource est limitée, surtout celle de la collectivité. Qu’un organisme subventionné ne peut pas se comporter comme dans le secteur privé. Que les ressources disponibles ne peuvent servir qu’à la mission de l’organisation et aux moyens utilisés pour faire face aux enjeux.

En matière de Saine Gestion on ne parle jamais de mauvaise ou bonne gestion. Ce sont des notions NON DÉFINIES. Seule une conformité ou une non-conformité aux principes de Saine Gestion peut-être invoquée pour améliorer une situation de gestion donnée.

Apprenons à gérer autrement ! C’est une simple question de confiance.


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