Saine Gestion : la quête d’un sens ?

Écrit par Bernard Brault le 18/03/2013

Éthique ou Saine Gestion ?

Il faudra offrir aux jeunes professionnels, futurs décideurs et aux gestionnaires rigoureux autre chose qu’une déesse éthique si l’on veut donner un sens quelconque à la profession. Mais de quelle profession parlons-nous ? Le leadership n’est-il qu’un repère de vautours et de prédateurs ? Sans encadrement, la profession continuera de se vider tout doucement de son essence.

Saviez-vous qu’il existe encore des écoles de management ? Messieurs Henry Mintzberg, Omar Actouf, Thierry Pauchant enseignent encore une certaine forme de management !

Et non, il n’y a pas que le droit, le génie et la comptabilité qui mènent au management. Pour redorer le blason du management, il faudrait cependant  proposer un modèle de management transcendant, un modèle d’intégrité et de confiance qui tiendra compte de l’acte professionnel : l’acte administratif. La responsabilisation de cet acte et un protocole (ou un modèle) crédible et rigoureux pour appliquer l’art du management.

Sortons des paradigmes féodaux, de la condescendante approche classique du leadership, du pouvoir sans vision et du confort des privilèges acquis en laissant croire que c’est un problème uniquement « éthique ». Le pouvoir est-il confié dans le but de servir ou d’asservir ? Mise à part la construction de prison, comment encadrer cette profession et redorer un blason flétri ?

Eaux troubles et turpitudes

C’est déjà la mi-mars. Pour la plupart d’entre nous, nous sommes fatigués de l’hiver, de la commission Charbonneau, des sommes astronomiques générées par la collusion organisée en système. L’acte administratif, qui est au cœur de la profession de gestion, est secoué par de graves controverses. Le défilé de crapules repenties devant la commission Charbonneau explique avec quelle déconcertante facilité des rois de l’embrouille ont magouillé pour obtenir des contrats, avec la complicité des gestionnaires prétendument professionnels.

Par contre ce festival de déblatérations entraîne aussi des drames humains. Le seul fait d’être interrogé ou nommé à la commission, devient une condamnation morale. Un gestionnaire a passé l’arme à gauche la semaine dernière. Il s’est suicidé à la suite d’un interrogatoire de l’UPAC. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Si l’on a toujours su que la malversation touchait certaines administrations publiques, pourquoi a-t-on jamais rien fait ? Fallait-il vraiment attendre une enquête publique et des drames humains ?

Crise de confiance

Évidemment, certains d’entre nous préfèrent la stratégie de l’autruche pour faire face au pragmatisme ou au cynisme des médias. Mais pour les autres, les décideurs et leaders, animés par des valeurs d’intégrité,  le malaise grandit, quel sens peut-on donner à tout ce cirque ?

Devant la dérive morale inspirée par les récompenses en espèces sonnantes et trébuchantes données aux collabos et aux autres crapules pernicieuses, collectivement nous anticipons avec plus d’acuité la futilité du travail, la brièveté du bonheur et celle de la vie. C’est la quête d’un sens à la vie et à cette profession mal aimée !

Crise de valeurs ou dérive de la gestion ?

Ce qui maintenant est devenu évident, ce n’est pas avec un petit cours sur l’éthique, trucs et astuces que nous allons redorer le blason de la profession, ni celui des gestionnaires publics, et encore moins des élus, tous paliers gouvernementaux confondus. Pourtant, c’est ce que le législateur a décidé. La déesse éthique, au sens populiste du terme, fera foi de notre vertu collective. Mais peu interpellent la gestion, son cadre, ses politiques pour assurer une saine gestion des organisations. Les écoles d’administration ont une approche fixée sur l’observation scientifique et une adoration compulsive du sacro-saint leadership. Surtout, ne changeons rien !

Habemus Papam !

Les médias étaient, le mois dernier, à court d’idée pour nous maintenir devant les nouvelles télévisées, mais, Rome, sainte et catholique fut inspirée et se mit en quête d’un nouveau chef de l’église. Cela aura au moins le mérite de nous avoir changé d’idée des vicissitudes de la commission Charbonneau et du procès de l’ignoble dépeceur Magnotta.

Pour les non-croyants, regarder jour après jour la ferveur, l’attachement et la béatitude des croyants demeure un mystère. L’église ne déroge à peu près pas aux paradigmes moraux instaurés essentiellement depuis que notre monde devint véritablement chrétien sous Constantin, empereur Romain entre 300 et 400 de notre ère. Pourtant, des millions de fidèles à travers le monde y trouvent malgré tout un sens à cette indubitable énigme de notre court et inutile passage sur cette planète. Il en est sans doute aussi vrai pour les musulmans, les bouddhistes, etc. Le génie de Constantin sera d’avoir compris que par la spiritualité et la promesse d’un monde éternel meilleur, il était possible d’inculquer des valeurs morales à une société, de les souder pour une cause juste et de donner un sens autant à la vie qu’à la mort (1).

Un cours sur l’éthique, trucs et astuces.

Notre société québécoise moderne, pragmatique et libérée de toute attache religieuse dans l’exercice des fonctions de l’état, a réglé le problème : l’éthique sera la réponse pour encadrer les valeurs de la société et de ses mandataires. Mis à part le fait que l’on a omis de parler d’abord de valeurs fondamentales liées aux fonctions de fiduciaires et de mandataires des décideurs. L’éthique est devenue l’inspiration non divine qui allait guider les gestionnaires de l’État par le biais des instances et paliers gouvernementaux. Les universités et les sociétés au capital ouvert se rangeront aussi bientôt sous la déesse éthique. Les maires de Montréal, Laval, Mascouche, les présidents de SNC-Lavalin, du CHUM et celui de McGill vont par simple révélation éthique devenir intègres et ils rempliront en toute abnégation leur mandat de protecteur des biens publics.

La déesse éthique serait-elle devenue une forme de pensée magique pour contrer les débâcles d’une société qui a perdu tous ses repères et qui est, apparemment, devenue largement corrompue ?

Et si on remplaçait le code de la route par un code d’éthique ?

Et oui, encore cette tirade ! Pensez-y un peu. Ni la spiritualité religieuse, ni l’éthique à géométrie variable n’ont empêché l’attitude mafieuse, la malversation, la collusion, le patronage, et cela depuis 100 ans dans notre propre société dite civilisée.

Les valeurs éthiques sont ce que l’on instaure pour les autres pour garder une plus grande liberté pour mieux les contourner (géométrie variable).

Sainte-Autruche,  quand sortiras-tu ta tête du sable ?

(1) Veyne Paul Quand notre monde est devenu chrétien. Bibliothèque Albin Michel, Paris 2007


3 commentaires

par landry le 03/19/2013

certaine ment un de tes meilleurs éditoriaux…timely comme dirait Molière, mais très utile dans cette période de non confiance..
Pierre

par Diane le 03/31/2013

Inutile passage sur cette planète?? et mettre de l’éthique dans la profession….inutile donc??? ;cS
Soyez conséquent tout de même….. pourquoi toujours mettre de l’avant ce qui l’est déjà assez pour plaider une cause? et les honnêtes gens…..et ceux-celles qui tentent de travailler avec le plus d’éthique possible justement…..et qui disent non quand ils le pensent, vous n’avez pas de ces dossiers à mettre à l’avant-scène??
Sur le fond, je vous suis…..sur la forme, c’est la suite des journalistes omniprésents….. mais bon, ça me permet d’exercer mon jugement critique hin!! Merci! D.

par Bernard Brault le 04/03/2013

Bonjour Diane

Simplement pour dire que cette notion de questionner le sens de la vie est nécessairement liée au sens de la mort (Camus etc ) ou à la condition humaine, et donc par extension au sens du travail (Hertel)(Pauchant). Est-ce qu’il y a un sens à donner à une profession sans normes et règles de l’art ? A une profession qui consiste à servir de bouche à canon pour que certains leaders empochent ? Et que l’on remettre en question la probité de tous.

C’est l’essentiel de mon propos,

Merci de votre intervention.

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